L'isolement relationel, une fracture sociale

La « pauvreté en relation » est la nouvelle misère
de nos sociétés développées. 5 millions de Français
en souffrent. L’isolement social majore
toutes les autres pauvretés, dégrade la santé
et creuse les inégalités.

L'isolement relationel, une fracture sociale

L’isolement social augmente à tous les âges de la vie mais devient massif pour les plus vieux. Une personne âgée sur 4 est isolée : cela représente 24% en 2014 contre 16% en 2010.  1,5 million de personnes de plus de 75 ans vivent aujourd’hui en France dans une solitude qu’elles n’ont pas choisie. Elles seront 4 millions dans 20 ans si rien n’est fait. L’isolement social, qui crée un risque important de perte d’autonomie, est devenu un nouveau risque social, un enjeu de santé publique et de cohésion sociale.

Solitude subie ou choisie

Les personnes isolées n’ont pas ou peu de relations au sein des cinq réseaux sociaux (familial, professionnel, amical, affinitaire et territorial), selon la Fondation de France*. L’isolement social ou relationnel se mesure au regard des contacts, de leur qualité, de leur densité, de leur périodicité. Il peut résulter d’une intégration difficile ou d’un processus de désinsertion sociale. Avec l’avancée en âge, l‘isolement fait suite à des ruptures, en particulier quand on ne dispose de relations qu’au sein d’un réseau unique. La solitude est l’état d’isolement social ou relationnel dans lequel se trouve une personne.  Lorsqu’elle est choisie, chacun l’apprécie et l’interrompt quand il le désire. Lorsque la solitude s’impose, elle devient une souffrance, une perte, un risque.

4 millions des plus de 60 ans vivent seuls

Vivre seul, c’est résider seul dans son logement, comme c’est le cas pour près de 9 millions de Français. Ce chiffre a doublé depuis les années 1960. Avec l’âge, la proportion s’accroit :  4 millions des personnes âgées de 60 ans et plus vivent seules... On peut vivre seul et avoir de nombreuses relations sociales. Mais chez les personnes âgées qui ne l’ont pas choisie, cela peut favoriser l’isolement. A contrario, des personnes vivant en hébergement collectif qui ne reçoivent aucune visite peuvent souffrir de solitude. Elles ne bénéficient pas de relations choisies, amicales et réciproques qui leur apportent le sentiment de compter pour quelqu’un. 

pour en savoir plus

Rapport "Combattre l'isolement social pour plus de cohésion et de fraternité - Le CESE (2017)
Télécharger le rapport (PDF)
Etudes sur les solitudes en France - 
Fondation de France (2014) 
Télécharger le rapport (PDF)
Etude sur la solitude et l’isolement social en Europe - Eurostat (2017)
Voir l'enquête

Un risque pour tous, surtout pour les plus faibles

Les processus d’isolement social touchent tous les âges mais s’intensifie avec l’avancée en âge. Il existe aussi une corrélation entre isolement social et précarité ainsi qu’entre isolement social et situation de handicap. Notre tissu social s’appauvrit en particulier pour ceux qui, par perte de mobilité ou du fait de leur situation précaire, sont « assignés » dans leur quartier, leur rue, leur palier, voire leur appartement ou leur chambre. En vieillissant, les occasions de perdre des relations se multiplient et celles d’en construire d’autres sont moins nombreuses. La période de 79 à 83 ans qui correspond à l’entrée dans la dépendance, peut coïncider de façon aigüe avec la problématique de l’isolement social.

L’isolement social, perte d’identité et d’égalité

Celui qui reste seul se sent banni. Il doit se battre contre l’a priori social et le sentiment qu’il mérite cette mise à part. Une personne qui subit une solitude qu’elle n’a pas choisie et dont elle ne sait comment sortir perd progressivement ses forces intérieures. On observe des phénomènes de repli, de dépréciation de soi jusqu’à la perte de l’espoir de compter encore un jour pour quelqu’un. Cette perte de l’estime de soi entraine dépression et désespérance. Si la situation dure, elle peut devenir dramatique. Les capacités de renouer des liens diminuent, la peur, la honte peuvent entrainer la personne dans une logique de retrait qui rend le retour à une dynamique d’inclusion sociale de plus en plus difficile. 
Une personne isolée ne bénéficie pas du minimum de relations sociales nécessaires pour vivre en égalité dans notre société. L’isolement social accélère les pertes d’autonomie notamment chez les plus âgés et augmente les dysfonctionnements des prises en charge. Plusieurs études ont ainsi démontré que cet isolement est la cause de nombreux non-recours aux soins ou entrainent des aides inadaptées.